La Guerre de Guérilla (Le cas du Hezbollah libanais) Rudyard KAZAN

Armées - Armements - Défense - Sécurité
Chercheur

Quand l’ennemi avance, nous reculons, quand il se retranche, nous le harassons, quand il est épuisé, nous attaquons, quand il bat en retraite nous le poursuivons.
Mao Zedong, “La guerre révolutionnaire”

Les gouvernements ne doivent pas déclarer la guerre sous l’emprise de la colère. Les généraux ne doivent pas se battre pour assouvir leur rancune. Ne déclencher la guerre que si le pays a quelque chose à gagner.

Sun Tsu, “l’art de la guerre.”

On a raison de se battre. On a raison de chercher les causes de la défaite. On aurait tort de ne pas se battre de nouveau sur la base des enseignements tirés des expériences antérieures. Et ainsi de suite, indéfiniment, implacablement, jusqu’à la victoire.

Régis Debray, “La guérilla du Che”

Le terme «guérilla» signifie petite guerre. Il tient à l’insurrection populaire espagnole dressée de l’année 1808 jusqu’en 1813 contre les forces d’occupation napoléoniennes. Les éléments composants la guérilla sont nommés guérilleros (partisans). La guérilla est une lutte armée du faible contre le fort. Les forces de l’air américaines définissent la guérilla comme suit: une force de guérilla est constituée d’un groupe d’irréguliers organisés sur un modèle militaire, et ayant pour objectif de mener des opérations militaires ou paramilitaires dans un territoire qui est soit occupé par l’ennemi soit hostile ou dont on lui refuse l’accès légitime.(Harik: 245) Les Etats faibles militairement recourent souvent à la guérilla. Tout au long de l’histoire moderne, elle a servi comme instrument de lutte contre l’occupant, l’envahisseur ou le colonisateur. Elle a servi aussi comme moyen majeur de révolution contre les régimes. Les guérilleros font des attaques dévastatrices par petits groupes. La guérilla tire son essence du concept philosophique chinois Yin Yang, c’est-à-dire l’interaction réciproque de deux contraires: dans la force il existe une certaine faiblesse et dans la faiblesse il existe une certaine force. En d’autres termes, la guerre de guérilla consiste à capitaliser les faiblesses inhérentes aux armées conventionnelles (telles le besoin d’une grande quantité de matériel, bases fixes, etc.). Elle consiste également à transformer la propre faiblesse de la guérilla en une force. (Pustay: 558). En effet ce type de guerre est mené par des bandes ou des éléments légers qui s’efforcent de surprendre, de déséquilibrer, d’user l’adversaire, de le priver de sa liberté d’action et de sa supériorité par des actions multiples et incisives toutes de souplesse, de mobilité et d’ubiquité. Ce mode de combat répond à plusieurs logiques historiques qu’il convient de distinguer: Le soulèvement d’ordre sociologique de populations, plus ou moins minoritaires et opprimées, défendant leur intégrité, leurs biens, ou se battant pour une cause sociale, religieuse ou ethnique; la révolte à dominante idéologique et politique de partisans cherchant, en s’appuyant sur le peuple, à liquider un régime ou des dirigeants honnis; la réaction nationale, enfin, contre un envahisseur ou un occupant, que celle-ci se présente sous la forme d’une «résistance» oeuvrant au côté ou en complément d’une armée régulière chargée de la défense du pays ou bien qu’elle soit le fait, au contraire, de maquisards livrés à eux-mêmes. (Dabeziers: 1031)

Karl Von Clausewitz fut le premier à théoriser cette guerre dans son livre «De la guerre» paru en 1833. Selon lui cinq conditions sont requises pour le succès de la guérilla:

-Les opérations doivent être menées à l’intérieur du territoire national. -Aucune bataille n’est décisive pour déterminer l’issue de la guerre.
-Le théâtre de la guerre doit être extensif. -Il doit y avoir un consensus national soutenant cette guerre.
-La nature du terrain doit comporter des sites irréguliers, inaccessibles et difficiles. (Pustay: 558)

La tactique de la guérilla doit être offensive mais sa stratégie doit être défensive. Mais alors que Von Clausewitz affirme que la guérilla ne doit pas exister aux cotés d’une armée régulière, T.E. Lawrence affirme dans son ouvrage «Les sept piliers de la Sagesse» paru en 1935 que dans certains cas, la guerre de guérilla peut être menée même s’il existe une armée régulière. Chargé d’orienter la révolte arabe contre les Turcs en 1916, qui se heurte à l’état-major du Caire, naturellement poussé à importer au Proche-Orient les principes de la guerre menée en Europe. Pour Lawrence les Arabes peuvent mener une guerre de guérilla: en effet le désert, l’espace et la vitesse face à une armée pesante et inadaptée aux rezzous lancés contre elle forment autant d’éléments qui favorisent ce genre de guerre.

«Les armées, écrit T.E. Lawrence ressemblent à des plantes immobiles (…). Mais supposez que nous fussions, comme nous pouvions le devenir, une influence, une idée, une espèce d’entité intangible, invulnérable, sans front ni arrière et qui se répandît partout à la façon d’un gaz. Nous pouvions être une vapeur, un esprit soufflant où nous voudrions. Notre royaume était dans l’âme de chacun, et sans besoins matériels, nous n’offririons rien de matériel au massacre.» (Dabeziers: 1033)

Le leader communiste chinois Mao Zedong, insiste sur le soutien de la population. Il affirme que l’infériorité matérielle devant l’ennemi n’est pas grave. Ce qui est important c’est la mobilisation populaire, le peuple étant le grand océan dans lequel l’ennemi se noiera. Et d’insister sur l’appui de la population à l’Armée rouge: sans l’appui de la population dira-t-il, l’Armée est un guerrier manchot. C’est comme si le peuple était l’eau et l’armée (Rouge) le poisson; si l’eau se retire ou se tarit, le poisson n’échappe pas à la mort.

Quant à la manière de mener la guerre de guérilla, Mao la résume comme suit: «Notre stratégie est à un contre dix, notre tactique à dix contre un. Quand l’ennemi avance, nous reculons, quand il se retranche, nous le harassons, quand il est épuisé, nous attaquons, quand il bat en retraite nous le poursuivons». (Dabeziers: 1034) Mao insiste sur la nécessité d’établir des bases inaccessibles – fixes et flottantes – de la guérilla parmi le peuple. Par exemple dans les villages où la guérilla peut être assimilée aux habitants: «Sans bases d’appui, dit Mao, il serait impossible de maintenir longtemps sur les arrières ennemis la guerre de partisans». Il insiste aussi sur la politisation de la guérilla en inculquant au guérillero le principe sacré de sa mission, et de la propagande entreprise au sein de la population.

D’autres leaders communistes reprennent les thèses de Mao dans leurs écrits dont Vo Nguyen Giap, l’artisan de la victoire de Dien Bien Phu sur les Français, dans son ouvrage «la guerre du peuple, l’armée du peuple» (1950). Toutefois la particularité chez Giap c’est qu’il insiste sur les conditions internationales qui déterminent le moment où la guérilla doit intensifier ses activités et passer au stage final. (Pustay: 560)

On pourrait être d’accord avec Asprey qui, se référant entre autres, aux auteurs évoqués ci-dessus, définit les principes qui régissent ce genre de guerre. Ces principes sont les suivants: -La motivation: la guérilla doit avoir une cause à défendre; quant au guérillero il doit être totalement loyal à sa cause et capable d’endurer les pires épreuves.

-le leader qui doit jouir d’une autorité, ainsi que d’une intelligence et d’un courage incontestables; il doit être fidèle à la cause qu’il défend.
-le soutien de la population: la guérilla est issue de la population qui la soutient moralement et matériellement en lui fournissant nourriture, argent, abris et renseignement; d’où l’importance de la propagande entreprise par la guérilla au sein de la population.
-les armes employées qui varient selon les cas et peuvent être fournies par une puissance étrangère.
-la familiarité du terrain: la guérilla doit pouvoir se retirer au besoin dans des endroits inaccessibles où les recrues peuvent recevoir nourriture, entraînement militaire et endoctrinement. -la structure et l’unité de commandement qui sont nécessaires pour la lutte efficace (les unités combattantes étant composées de petits groupes). (Asprey: 690-691)
Il faudrait ajouter à ces principes le facteur du temps puisqu’il ne s’agit pas de détruire l’ennemi. Ces caractéristiques de la guérilla, se trouvent toutes présentes dans le cas du Hezbollah libanais.

La Guérilla du Hezbollah
La guerre de guérilla menée par le Hezbollah libanais contre l’armée israélienne, entre dans la logique susmentionnée de la réaction nationale contre un envahisseur ou un occupant. Cette guérilla répond aux principes évoqués ci-dessus à savoir la motivation, le leader, le soutien de la population, les armes employées, la nature du terrain et la structure et l’unité de commandement. Mais avant de traiter de ces principes, il convient de définir le Hezbollah libanais: c’est un mouvement de résistance nationale adoptant les stratégies et tactiques de la guérilla dans ses combats.

Ce n’est pas un mouvement terroriste. La plupart des juristes et des experts semblent d’accord pour considérer que le terrorisme est une stratégie politique rationnelle, dont l’objectif est de «démontrer la vulnérabilité ou l’impuissance d’un Etat, de consolider un pouvoir et d’attirer l’attention sur ses objectifs en se livrant à des actions violentes, perpétrées généralement contre des personnes innocentes.» (Harik: 241).

Le Département d’Etat américain définit le terrorisme comme «l’assassinat délibéré et systématique, la mutilation de personnes innocentes et les menaces proférées envers elles afin d’inspirer la peur pour atteindre des objectifs politiques». (Harik: 241-242). Le Hezbollah n’eut jamais recours à ces méthodes. De plus il ne bombardait le nord d’Israël que si Tsahal bombardait les villages du sud suite à une opération du Hezbollah à l’intérieur des territoires libanais occupés contre l’armée israélienne et / ou ses acolytes, la milice libanaise pro-israélienne de l’Armée du Liban Sud. Ajoutons, que contrairement aux terroristes qui se donnent beaucoup de mal pour se faire passer pour des civils afin de les attaquer, les guérilleros du Hezbollah, à l’instar des autres mouvements de libération, portent des tenues de combat comme le font la plupart des soldats dans les armées modernes, et donc sont identifiables de manière visible (Harik: 245).

 Motivation, Propagande et Soutien de la population

Le parti du Hezbollah est un exemple de l’imbrication des phénomènes religieux et idéologique dont les manifestations les plus probantes sont les concepts du djihad (défensif) et du martyr. Contrairement aux idées reçues, le Djihad ne se limite pas à l’action militaire. Il englobe, selon la théologie musulmane, tout effort dans la voie de Dieu. Il comporte deux niveaux: le grand Djihad ou le Djihad de l’âme (effort sur soi pour se conformer aux principes et aux recommandations du Message révélé) et le petit Djihad qui inclut toute action individuelle et collective, en tous les domaines, y compris le domaine militaire (Charara et Domont: 110).

Pour les musulmans chiites, le Djihad militaire se subdivise en deux parties: le Djihad offensif (qui ne peut être mis en œuvre que sous la direction du Mahdi, l’Imam occulté) et le Djihad défensif qui signifie toute forme de résistance menée par les musulmans contre une oppression extérieure ou intérieure (Charara et Domont: 110-111) Le Hezbollah pratique donc un Djihad défensif contre une oppression extérieure, en l’occurrence Israël. Pour mener à bien cette tâche, il a créé le culte du martyr. Comme l’affirment Charara et Domont: «Derrière l’image du combattant du Hezbollah à l’assaut d’un fortin israélien en zone occupée, il y a celle moins connue d’une ‘entreprise’ totalement dédiée à sa cause. Qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation, de l’information, de l’action sociale, le Hezbollah a construit au fil des ans un réseau d’institutions permettant non seulement à la population civile de supporter le coût humain et matériel des attaques israéliennes, mais aussi d’élargir la base sociale de la résistance islamique” (Charara et Domont: 161).

Ainsi nous avons l’Institution d’Al-Shahid (le Martyr) qui prend en charge les familles des hommes tombés au combat ou tués lors de bombardements israéliens. Elle assure l’aide financière aux veuves sous forme de pension, la scolarisation des enfants via son institut social qui gère plusieurs écoles. Au niveau de la santé, le Hezbollah dispose de plusieurs dispensaires et de deux grands hôpitaux dont celui d’Al Rassoul Al Aazam qui est un des mieux équipés du pays. Les soins dispensés sont gratuits pour les familles des martyrs ou des combattants blessés, à tarif modéré pour les autres. (Charara et Domont: 162) D’autres fondations, tels Jihad al Bina (l’effort de construction) qui se charge de la construction d’écoles, d’hôpitaux, de dispensaires, et de la reconstruction des maisons détruites par les bombardements israéliens, les écoles Al Mahdi (douze au total) qui assurent un enseignement en arabe, français et anglais doublé d’un enseignement religieux, et l’association Al Emdad (le soutien) qui apporte de l’aide aux familles nécessiteuses, mais aussi aux personnes âgées, isolées et handicapées (Charara et Domont: 163-165) expliquent le succès du Hezbollah et sa popularité parmi la population.

Sur le plan structurel, le Hezbollah est organisé comme suit : Un Conseil consultatif exécutif (Majlis ach-Choura al-Qarar) est constitué de 7 membres et il est présidé par un secrétaire général. Il prend ses décisions par consensus. Le secrétaire général possède une autorité très importante, mais non absolue. Cela permet notamment d’éviter que le décès du secrétaire général ne décapite totalement le mouvement. Un grand nombre d’institutions plus secondaires forment le deuxième cercle du pouvoir exécutif au sein du Hezbollah. Les principales sont la Convention Générale et le Bureau Politique. La Convention Générale est dirigée par un Conseil exécutif de 12 membres. Elle élit les membres du Conseil exécutif, met en œuvre ses décisions, formule les choix effectués au quotidien et gère les relations extérieures avec les autres forces politiques libanaises. Chacun des membres du Conseil exécutif a en charge un portefeuille (santé, éducation, affaires régionales, etc.). Le Conseil consultatif exécutif a cependant le dernier mot vis-à-vis de la Convention Générale comme du bureau politique en ce qui concerne les décisions-clé.

Les membres du Parti sont réputés pour leur intégrité. A la différence des autres partis qui vivaient de la contribution financière des citoyens, le Hezbollah n’a jamais commis des exactions à l’encontre des ses citoyens chiites (et même ceux appartenants aux autres communautés). Jouissant du soutien financier de l’Iran, il n’a jamais imposé des contributions financières à la communauté chiite à laquelle il appartient.

Fawaz Gergis affirme que “l’histoire du succès du Hezbollah contre Israël ne peut être comprise sans un examen attentif de la stratégie mise en œuvre par sa direction pour mobiliser la communauté chiite et l’inciter à s’engager dans un Djihad prolongé et coûteux” (Charara et Domont: 161)
Au niveau de la propagande, le Hezbollah a su idéaliser le culte du martyr: il est présent partout, dans le musée du Martyr (créé par l’institut du Martyr), dans les discours politiques, sur les murs en portraits géants, dans les discussions mondaines. Leurs histoires deviennent des thèmes de prédication, leurs noms sont donnés à des rues et même à d’autres opérations militaires, ils deviennent l’exemple à suivre, l’idéal qui devrait inspirer et stimuler la jeunesse. Dès ses débuts, le Hezbollah accorda beaucoup d’importance à la dimension médiatique et communicationnelle de sa résistance armée. Depuis sa création il a pris soin de filmer la plupart des opérations militaires, ses groupes armés comptent toujours dans leurs rangs une personne équipée d’une caméra vidéo chargée de filmer l’opération armée.

La Chaîne de Télévision Al-Manar, baptisée «Télévision de la Résistance et de la Libération» a commencé la diffusion de ses programmes en 1989. Elle est devenue une chaîne satellitaire en 2000. Dans sa grille de programmes, la priorité est accordée au conflit israélo-arabe, avec une focalisation particulière sur les opérations de résistance au Liban et en Palestine. Ses programmes s’intéressent aux enjeux internationaux ayant des répercussions sur le monde arabe. Ils comportent également des «talk-shows» diffusés en direct. (Charara et Domont: 168-169). Les images que diffuse la chaîne montrant des soldats israéliens tombant sous les balles de combattants de la résistance ou fuyant leurs positions lorsqu’elles sont attaquées contribuent à briser le mythe de l’invincibilité de l’armée israélienne et de réhabiliter dans le public arabe la figure de la résistance. Les images de telles opérations et des pertes qui en résultaient dans les rangs de l’armée d’occupation n’étant pas diffusées en règle générale par la télévision israélienne, Al-Manar devint une source d’information sur les développements dans les territoires libanais occupés y compris pour les parents de soldats israéliens. Des messages en hébreu à l’adresse de ces derniers ont amplifié l’impact de ces images (Charara et Domont: 170). En outre, deux journaux quotidiens en langues étrangères, l’un en français l’autre en anglais, destinés aux publics occidentaux, font partie des programmes de la chaîne. D’aucuns craignent que le Hezbollah installe au Liban un Etat dans l’Etat, une sorte de contre-société qui aurait pour particularité de nier la légitimité de l’Etat et la supplanter.

La vérité oblige à dire que si cette contre-société existe c’est à cause de la carence des services de l’Etat libanais dûs principalement au confessionnalisme et au clientélisme qui sévissent dans son administration. En outre, le Hezbollah contribua au maintien de la paix sociale au Liban comme l’affirme Walid Charara dans un article publié dans le quotidien libanais al-Akhbar: «Depuis le retour de la paix civile et le début de la reconstruction de l’Etat, les élites sont arrivées au pouvoir et ont joui de la vie douce, tandis que les secteurs les plus pauvres de la population continuaient à combattre et à se sacrifier pour libérer le sud occupé. En insistant sur la priorité de la bataille de libération par rapport à d’autres batailles politiques et sociales internes, et en mobilisant pour cette bataille les forces de ses masses nombreuses et majorité démunies, le Hezbollah a contribué au maintien de la ‘paix’ sociale au Liban. En d’autres circonstances, les politiques néolibérales injustes qui ont été adoptées au cours de la période de reconstruction [les années 1990] auraient dûes provoquer de violentes insurrections sociales. Le parti a réussi à tisser, au moyen des institutions et associations sociales, éducatives et caritatives, un filet social de sécurité pour de vastes secteurs de la population libanaise, en l’absence de toute politique sociale de l’Etat (…).» (Achkar et Warschawski: 41)

Le Leader 

Le succès du Hezbollah est dû en partie à la personnalité charismatique de son Secrétaire Général Sayyed Hassan Nasrallah. Ce dernier se distingue des autres leaders charismatiques du monde arabe en ce qu’il tient ses promesses. Tout ce qu’il a dit en matière d’opération contre l’ennemi israélien a été réalisé. Le coup le plus spectaculaire fut lorsque lors de la guerre des 33 jours, alors qu’il prononçait le 15 juillet un discours télévisé, dans lequel il dit à l’adresse des Israéliens: «votre gouvernement vous a menti (…) vous serez vaincu», il demande à la population de regarder la mer et de voir le navire israélien en train de brûler. En effet au moment de son discours le Hezbollah lança une roquette atteignant un navire israélien longeant les côtes de Beyrouth. Sayyed Nasrallah va plus loin pour affirmer qu’il «respecte l’ennemi» israélien parce que son Premier ministre charge une commission pour enquêter sur les causes de l’échec de la guerre dite des 33 jours menée par Israël contre le Hezbollah, et cette même enquête aboutit à rendre responsable, entre autres, ce même Premier ministre de l’échec de cette guerre. En effet, la Commission Winograd a rendu son verdict le 30 avril 2007: la responsabilité de la guerre de juillet 2006 incombe au Premier ministre Ehud Olmert, au ministre de la Défense Amir Peretz et au chef d’Etat-major israélien Dan Halutz.

En outre Sayyed Nasrallah dit qu’il respecte un ennemi qui échange des centaines de prisonniers arabes contre des dépouilles de quelques soldats israéliens. Ces déclarations constituent une première dans le monde arabe. Sous la conduite de Nasrallah, le Hezbollah devient un adversaire sérieux de l’armée israélienne au Sud-Liban. Avant son accession au poste de secrétaire-général, les combattants du Hezbollah menaient des attaques frontales, contre l’armée israélienne, laissant derrière eux des dizaines de morts. La stratégie du parti a changé sous l’impulsion de Nasrallah, les attaques sont devenues plus ciblées et plus efficaces. La mort de plus en plus régulière de soldats israéliens et les attaques contre la défense aérienne israélienne constituent un élément important dans la décision d’Israël de quitter le Liban Hassan Nasrallah est né le 31 août 1960, dans le quartier de «la Quarantaine» dans la banlieue-est à prédominance chrétienne, non loin du port de Beyrouth. Il est l’aîné d’une famille de neuf enfants, et son père, Abdel Karim était épicier. Il débute ses études théologiques seul, à l’école publique de Sin el-Fil, un quartier mixte à l’est de Beyrouth, ce qui lui permet de faire la connaissance de chrétiens libanais. En 1975, lorsque la guerre civile éclate au Liban, sa famille est obligée de retourner dans leur village d’origine, Bazourié, un village proche de la ville de Tyr au Liban-Sud. C’est là que Nasrallah décide de rejoindre le mouvement Amal, une organisation chiite politique et paramilitaire représentant à l’époque les chiites au Liban. Nasrallah étudie la théologie dans la ville de Nadjaf en Irak pour devenir un ecclésiastique chiite, et là-bas, le grand imam Mohammed Baker al-Sadr, fondateur du parti ad-Daawa, lui présente un étudiant libanais qui va lui servir de tuteur, c’est Abbas Moussaoui. À partir de 1978, Saddam Hussein intensifie sa répression à l’encontre des religieux chiites, c’est ainsi qu’il fait emprisonner des centaines d’étudiants en théologie. Nasrallah est donc contraint de revenir au Liban. Il étudie et enseigne ensuite à l’école du cheikh Abbas Moussaoui, devenu dirigeant d’Amal. Il gravit tout doucement les échelons du parti, il représentait à l’époque le courant chiite libanais favorable aux idées de Khomeini. Il est tout d’abord élu comme délégué politique pour la Bekaa, faisant de lui un membre du bureau politique central. En 1982, après l’invasion israélienne du Liban, Moussaoui et Nasrallah quittent Amal pour fonder une nouvelle organisation chiite libanaise, le Hezbollah, soutenu par l’Iran. Il devient à l’âge de 22 ans l’un des fondateurs du Hezbollah, mais il ne fait pas encore partie du directoire suprême. Au Hezbollah, on lui donne la charge de la mobilisation, puis il devient responsable pour les régions de Baalbek et enfin de l’ensemble de la Bekaa. Désireux de reprendre ses études en théologie, il part pour Qom en 1989. Mais il est obligé de revenir au Liban lorsque les instances du parti le rappellent.

Après l’assassinat par un missile israélien d’Abbas Moussaoui le 16 février 1992, le Conseil des sages du Hezbollah nomme Hassan Nasrallah secrétaire général de l´organisation. La libération du Liban Sud l’a consacré comme un héros non seulement pour beaucoup de libanais, et sa popularité a dépassé le cadre chiite. En effet même chez les chrétiens, il jouit d’une certaine popularité. Mais cette réalité doit être nuancée au fait que c’est grâce à son alliance avec le Courant Patriotique Libre (dont le leader le Général Michel Aoun jouit d’une grande assise populaire chez les chrétiens) qu’il jouit à son tour d’une certaine assise populaire chez les chrétiens. En effet, le 6 février 2006, et après plusieurs mois de négociations entre le Courant Patriotique Libre et le Hezbollah, le général Michel Aoun rencontre Sayyed Hassan Nasrallah pour signer un document d’entente de 10 points concernant directement l’avenir du Liban. Les principaux points de ce document d’entente sont actuellement repris dans tous les accords du dialogue national libanais toujours en cours. Pour beaucoup, la principale force de Nasrallah tient de son esprit de synthèse du chiisme arabe et iranien, de l’islamisme et du nationalisme arabe, et du visage occidental du Liban et de son appartenance au monde arabe. Certains l’ont défini à la fois comme un Ayatollah Khomeini et un Che Guevara. Nasrallah est un politicien habile et un pragmatique convaincu lorsqu’il s’agit de promouvoir sa cause. Il utilise quatre contextes différents pour présenter ses idées concernant la lutte de son parti contre Israël et passe de l’un à l’autre selon le public à qui il s’adresse.

Ainsi, lorsqu’il participe à un meeting dans la banlieue sud où les auditeurs essentiellement chiites sont pour la plupart ses partisans, Nasrallah évoque le djihad dans un contexte purement religieux. Le Djihad est représenté comme un devoir religieux sacré qui transcende tous les autres buts de l’existence. Dans ce contexte, les Israéliens sont des infidèles et des hérétiques qu’il faut chasser des terres musulmanes. Toujours dans cette perspective, le conflit actuel devient la première partie d’une campagne dont le but ultime est de libérer Jérusalem et les autres lieux saints musulmans. Par contre lorsqu’il prend la parole devant un public libanais plus large, qui inclut des membres de diverses communautés, Nasrallah représente le Djihad sous des couleurs plus nationalistes, le Djihad devient alors un devoir patriotique pour libérer la patrie et chasser les Israéliens du Liban. Le Hezbollah incarne alors le peuple libanais qui désire, dans son ensemble, résister à l’ennemi. Le secrétaire général du Hezbollah modifie son approche lorsque le groupe ciblé est plus sensible aux arguments nationalistes arabes qu’à tout autre discours. Il émaille alors son évocation du combat contre Israël de références aux incursions dévastatrices de l’Occident et présente cette lutte comme un effort pour tenir tête aux Etats-Unis et vaincre ses idées impérialistes. Dans ce contexte, il identifie Israël comme un laquais des Américains ou un agent impérialiste auquel doit s’opposer le Hezbollah, le fer de lance de la nation arabe.

Le Djihad est à nouveau présenté dans un tout autre contexte lorsque Nasrallah s’adresse à une audience internationale. Le Djihad mené par le Hezbollah est alors assimilé à un droit des peuples, reconnu sur le plan international, de lutter contre l’occupation illégale de leur pays. Dans cette perspective, les Israéliens sont accusés de violer les accords internationaux, et plus particulièrement les nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. (Harik: 107-108) Nasrallah vit dans une maison située dans la Banlieue-Sud de Beyrouth avec sa femme Fatima (née Yassine) et ses quatre enfants dont une fille (Mohammad Jawad, Mohammad Ali, Mohammad Mahdi et la fille Zeinab) encore vivants: son aîné, Hadi, a été tué par l’armée israélienne au Liban sud à Jabal al-Rafei, en septembre 1999 alors qu’il faisait partie d’une opération commando contre l’ennemi. La population libanaise ignorait que Hadi était un simple guérillero qui combattait les Israéliens dans la «zone de sécurité». Par ailleurs le refus de Nasrallah de négocier un accord spécial avec les Israéliens pour récupérer le corps de son fils et les mots qu’il prononça à cette occasion, «qu’ils l’enterrent avec ses compagnons en Palestine», rehaussa la réputation de Nasrallah, un homme dont les principes de patriotisme étaient désormais indiscutables. Les milliers de Libanais de diverses confessions qui vinrent présenter leurs condoléances à Nasrallah et son épouse, le découvrirent détendu, ne manifestant apparemment aucun chagrin, et satisfait que son fils Hadi ait obtenu le martyr. (Harik: 108)

Armes employées et action sur le terrain 

Le 12 juillet 2006, un commando du Hezbollah franchit la frontière entre le Liban et Israël et parvient à enlever deux de ses soldats. Tsahal envoie des chars de l’autre coté de la frontière pour tenter en vain de récupérer ses hommes. Un char est détruit par un missile du Hezbollah. Tsahal a huit soldats tués au cours de cette seule journée. Un communiqué du Hezbollah justifie l’enlèvement par sa promesse d’obtenir en 2006 la libération de ses prisonniers en Israël. Le lendemain Israël lance une opération de grande envergure contre le Liban baptisée «pluies d’été». L’agression a coûté la vie à 160 Israéliens (dont une large majorité de soldats) et à 1 400 Libanais et Palestiniens (dont une écrasante majorité de civils), auxquels s’ajoutent les pertes du Hezbollah estimées entre 80 (selon le parti) et 500 (selon Israël). (Vidal:3) L’enlèvement de deux soldats israéliens était-il illégal pour justifier l’agression israélienne? Rappelons qu’avant cette guerre, les escarmouches étaient fréquentes entre le Hezbollah et l’armée israélienne, notamment autour de la zone contestée des fermes de Chebaa, considérées par l’ensemble du gouvernement libanais comme un territoire occupé que les avions israéliens violent tous les jours l’espace aérien du Liban; que, le 26 mai, Israël assassinait dans le pays du Cèdre un dirigeant du Djihad islamique qu’Israël maintient en prison des militants libanais, dont MM. Samir Al-Qantar (depuis 1978), Nassim Nisr et Yahya Skaf (depuis 1982). D’autre part, comme l’affirme Gresh, «si l’action du Hezbollah était illégale, comment qualifier la destruction systématique du Liban entreprise depuis, qui cible des infrastructures civiles, des villes et des villages, avec plus de six cent mille personnes contraintes de fuir leur lieu de résidence? En droit international, dont la «communauté internationale» se gargarise, cela a un nom: «crime de guerre».

Le protocole additionnel I de 1977 aux conventions de Genève définit clairement le principe de proportionnalité. Les attaques ‘sont interdites si on peut attendre qu’elles causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles ou des dommages aux biens de caractère civil qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu.’ Qui peut penser un instant que l’objectif affirmé – sauver deux soldats – vaille les multiples destructions et morts provoquées par les bombardements israéliens?» (Gresh: 5)

L’objectif déclaré israélien était la destruction du Hezbollah. Comme l’affirment Achkar et Warschawski, Israël chercha à atteindre cet objectif à travers la combinaison de trois moyens principaux:
-Le premier moyen consistait à porter un coup fatal au Hezbollah en menant une campagne de bombardement afin de couper le Hezbollah de ses lignes de ravitaillement, à détruire une bonne partie de son infrastructure militaire, à éliminer un grand nombre de ses combattants, ainsi qu’à décapiter le Hezbollah en assassinant son leader Hassan Nasrallah.
-Le deuxième moyen consistait à retourner contre le Hezbollah sa base de masse parmi les chiites libanais, Israël désignant le parti à cette fin comme responsable de leur tragédie. Cela se traduisit par une campagne de guerre psychologique (lâchers des tracts). Cela supposait aussi qu’Israël inflige aux chiites libanais un désastre à grande échelle par une campagne extensive de bombardements ravageurs, rasant villages et quartiers et tuant des centaines de civils.
-Le troisième moyen consistait à perturber massivement et gravement l’ensemble des Libanais, en les prenant collectivement en otage au moyen d’un blocus aérien, maritime et terrestre afin d’inciter la population contre le Hezbollah, et de créer ainsi un climat propice à une action militaire de l’armée libanaise contre le Parti de Dieu. (Achkar et Warschawski: 49-51) L’opération «pluies d’été» qui dura 33 jours échoua lamentablement: Les soldats israéliens pris en otage n’ont pas été relâchés. Le Hezbollah a maintenu l’essentiel de sa structure politique et sa force militaire, s’offrant même le luxe de bombarder le nord d’Israël jusqu’au dernier moment avant le cessez-le feu, le 14 août. Le parti n’a pas été coupé de son appui de masse. Il est aussi parvenu à l’étendre au sein des autres communautés libanaises, sans parler de l’immense prestige que cette guerre lui a valu dans la région arabe et l’ensemble du monde musulman. En somme, le Hezbollah est sorti de la bataille beaucoup plus fort et plus craint par ses adversaires libanais. (Achkar et Warschawski: 51-52) D’ailleurs la Commission Winograd a rendu son verdict le 30 avril 2007 tenant pour responsable le Premier ministre Ehud Olmert, le ministre de la Défense Amir Perets et le chef d’état-major Dan Halutz

Selon cette commission, Ehud Olmert n’avait pas un plan stratégique «correctement élaboré», lorsqu’il a lancé l’offensive terrestre. Selon le juge Winograd, l’objectif déclaré de l’entrée en guerre, la libération des deux soldats enlevés, était «trop ambitieux et impossible à atteindre». Autre réquisitoire contre M. Olmert: «Il n’a pas adapté ses plans, une fois qu’il s’est avéré que les prévisions et les attentes des actions d’Israël n’étaient pas réalistes et ne se concrétisaient pas». Ehud Olmert n’a pas demandé si l’armée de terre était prête, ni quels étaient les plans après les trois jours de bombardements aériens massifs que préconisait le général Halutz. Passif, il n’a pas su établir avec son Conseil national de sécurité une stratégie sécuritaire globale et s’est contenté d’informations partielles fournies au Cabinet de sécurité par le chef d’Etat-major. Deuxième coupable selon la Commission Winograd: le ministre de la Défense, Amir Peretz. Malgré ses fonctions, il ignorait l’état exact de l’armée et de ses unités. Pour la commission, l’inexpérience de M. Peretz «a affaibli la capacité du gouvernement à faire face à ses défis». L’ancien leader syndical avait hérité du portefeuille de la Défense six semaines seulement avant le début de la guerre. Troisième personne épinglée par le rapport: Dan Halutz, le chef d’Etat-major qui a démissionné le 17 janvier dernier. Il est accusé d’avoir réagi de «façon impulsive», d’avoir sous-estimé l’impact des 4000 roquettes tirées contre le nord d’Israël et d’avoir induit en erreur les politiques sur l’état de l’armée. Il a donné des ordres contradictoires et n’a pas prévu de mobiliser les réservistes. La commission souligne également, dans son rapport, que, ces dernières années, les forces terrestres avaient été négligées. Elles n’ont pas suivi d’entraînement adéquat et il n’y a pas eu un seul exercice important de réservistes, ni d’effort pour intensifier la collecte des renseignements sur l’arsenal du Hezbollah. La défense civile avait procédé à un exercice deux semaines avant le conflit, mais en prévoyant qu’en riposte à des attaques aériennes de Tsahal, le Hezbollah tirerait un millier de roquettes. Or c’est un déluge de 4000 engins qui s’est abattu sur la Galilée (Magazine du 4 mai 2007).

En fait il faudrait aussi admettre le fait que si Israël n’a pas su mener sa guerre, les guérilleros du Hezbollah eux se sont très bien battus. Un lieutenant de l’armée israélienne affirmera à ce sujet: «Le Hezbollah est comme un serpent. Il vous glisse entre les mains, reste caché dans un trou pendant trois jours, puis vous attaque par derrière au moment où vous ne l’attendiez plus» (Girard: 105). Même si la puissance de feu de l’armada israélienne est gigantesque le problème reste le même: où diriger le feu? Le Hezbollah qui a creusé des tunnels partout est passé maître dans l’art de rester invisible. Il a réussi à pousser Tsahal à adopter une prudence paralysante. De plus, comme l’affirme un autre lieutenant israélien «grâce aux missiles Tow reçu d’Iran (missiles antichars livrés par les Etats-Unis à l’Iran au temps du Chah), le Hezbollah peut nous stopper un char à quatre kilomètres de distance» (Girard:106). En fait l’arsenal du Hezbollah comprenait une grande diversité d’armes parmi lesquelles figuraient des missiles antichars AT-3 de fabrication soviétique, des missiles sol-sol C-802 d’une portée de 130 à 165 kilomètres, et le FAJR 3, d’une portée de 30 à 50 km. Pendant cette guerre, l’emploi de ces nouvelles armes provoqua de nombreuses surprises au sein du commandement israélien, ainsi que l’avait promis Sayyed Hassan Nasrallah dans son fameux discours prononcé le 15 juillet à la chaîne Al-Manar. L’attaque contre un navire israélien avec un missile sol-sol représentait une des surprises évoquées par le leader du Hezbollah. Le navire en guerre fut sérieusement endommagé lors de cette attaque et quatre marins tués (selon les sources israeliennes). Selon des experts militaires, l’utilisation du C-802 employé lors de cette attaque requiert une longue formation pour maîtriser ses programmes extrêmement complexes. Ce missile, fabriqué en Chine, a été importé par l’Iran dans les années 1990. La frappe contre un navire israélien était si inattendue qu’il n’avait même pas activé son système de défense contre les missiles. Une semaine plus tard, un autre navire qui croisait au large de Tyr fut également endommagé et mis hors de service. Ces attaques forcèrent les navires israéliens à s’éloigner de la côte, ce qui affecta la précision des tirs d’artillerie. L’armée israélienne utilisa de nombreux chars Merkava pour pénétrer en territoire libanais. La destruction de ces chars qui possédaient pourtant un épais blindage, par les guérilleros du Hezbollah représentait la partie la plus spectaculaire des actions défensives du Hezbollah qui affirme avoir détruit 155 chars. Les combattants du Hezbollah utilisèrent également, et très efficacement, leurs missiles contre les hélicoptères. Les Israéliens eurent, de ce fait, beaucoup de difficultés à fournir une couverture aérienne à leurs troupes ou à les évacuer du champ de bataille en cas de besoin

. La compétence démontrée par les combattants dans l’utilisation de ces nouvelles armes et la résistance acharnée des guérilleros du Hezbollah sur le terrain firent échouer les plans d’Israël, qui espérait obtenir une victoire rapide et décisive sur son adversaire. Quant aux artilleurs du Hezbollah, ils se sont avérés être d’une grande efficacité. Ils choisirent leurs cibles en fonction des attaques aériennes. Tout d’abord ils lancèrent des roquettes sur des installations militaires israéliennes situées dans le nord d’Israël. Lorsque les avions de combat israéliens commencèrent à bombarder des régions de plus en plus éloignées de la région frontalière, les artilleurs du Hezbollah prirent pour cible la région du Lac de Tibériade. Lorsqu’ Israël bombarda la banlieue-sud de Beyrouth faisant de nombreuses victimes civiles, le Hezbollah fit encore monter la mise en prenant pour cible Haïfa, située à 110 km de la frontière. Le Hezbollah déclara que si les Israéliens frappaient le cœur de Beyrouth, ses artilleurs s’attaqueraient à des cibles lointaines, référence à Tel-Aviv ou même à la centrale nucléaire de Dimona. (Harik:288).

Conclusion

La guerre menée par le Hezbollah présente toutes les caractéristiques d’un mouvement de résistance adoptant les stratégies et tactiques de la guérilla. On peut les résumer comme suit: combattants motivés, endoctrinés, bien entraînés et intègres; savoir-faire dans les armes sophistiquées utilisées par les guérilleros du Hezbollah; soutien du milieu chiite auquel appartient la guérilla et activité de propagande au sein de cette même population; et enfin un leader charismatique, courageux et pragmatique (en l’occurrence Sayyed Hassan Nasrallah).

Mais le Hezbollah a maintenant un autre combat à mener non moins important que le premier. Il doit parvenir à convaincre tous les Libanais, toutes communautés confondues, de la justesse de son action. C’est seulement en parvenant à réaliser cet objectif, c’est-à-dire lorsqu’il y aura un consensus autour son activité de résistance, qu’il pourra continuer la lutte au nom de tous les Libanais.

ANNEXE Chronologie

16 Février 1992: Des hélicoptères israéliens tuent Abbas Moussawi, secrétaire général du Hezbollah, alors qu’il circulait en voiture dans la région de Saida. Hassan Nasrallah, âgé de 32 ans, lui succède.
25 juillet 1992: Alors que le Hezbollah multiplie ses actions de guérilla contre l’armée israélienne au Sud-Liban, l’aviation israélienne réplique en bombardant les bases du Hezbollah au Liban. Le Hezbollah riposte en lançant des roquettes sur le nord de la Galilée. Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin lance l’opération «règlement de compte» qui entraîne un exode de la population du sud Liban. Le 31 juillet un cessez-le-feu intervient.
11 avril 1996: Opération «raisins de colère»: Les Israéliens bombardent les bases du Hezbollah au Sud-Liban, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans la plaine de la Bekaa. 18 avril 1996: Un obus israélien tombe sur une base de la Finul dans la bourgade de Cana, tuant plus d’une centaine de civils libanais qui s’y étaient réfugiés. Les Etats-Unis imposent une trêve.
5 mars 2000: Le cabinet israélien adopte le principe d’un retrait unilatéral du Sud-Liban avant la date du 7 juillet 2000.
24 mai 2000: Retrait surprise durant la nuit de l’armée israélienne. La milice de l’Armée du Liban Sud se débande.
25 mai 2000: Le Hezbollah prend possession des régions libérées tout en veillant à ce qu’aucune exaction ne soit perpétrée contre les villages chrétiens. Le Liban décrète jour férié le 25 mai, sous l’appellation de «journée de la Résistance et de la Libération».
12 juillet 2006: Un commando du Hezbollah franchit la frontière entre le Liban et Israël et parvient à enlever deux de ses soldats. Tsahal envoie des chars de l’autre coté de la frontière pour tenter en vain de récupérer ses hommes. Un char est détruit par un missile du Hezbollah. Tsahal a huit soldats tués au cours de cette seule journée. Un communiqué du Hezbollah justifie l’enlèvement par sa promesse d’obtenir en 2006 la libération de ses prisonniers en Israël. L’Etat hébreu annonce qu’il abandonne les politiques anciennes d’échanges de prisonniers et qu’il est décidé à détruire le Hezbollah une fois pour toute.
13 juillet 2006: Début d’une très intense campagne aérienne israélienne de bombardement du territoire libanais
26 juillet 2006: La Conférence Internationale de Rome ne parvient pas à imposer un cessez-le-feu, mais reprend l’idée française d’une force internationale. 30 juillet 2006: Tragédie à Cana: 26 femmes et enfants libanais meurent dans un bombardement israélien. Immense émotion à travers le monde.
11 août 2006: Le Conseil de sécurité de l’ONU vote la résolution 1701, qui impose un cessez-le-feu, prévoit le déploiement de l’armée libanaise sur sa frontière sud, renforce la Finul et décrète un embargo sur les armes destinées au Hezbollah.
14 août 2006: Entrée en vigueur du cessez-le-feu, qui est respecté aussi bien par les Israéliens que par le Hezbollah.
7 septembre 2006: Israël lève son blocus naval et aérien sur le Liban.
17 septembre 2006: Pressé par son opinion publique, le cabinet israélien ordonne une enquête gouvernementale sur les échecs militaires et politiques de la guerre du Liban. 30 avril 2007: La commission d’enquête Winograd rend son verdict: la responsabilité de la guerre de juillet 2006 incombe au Premier ministre, au ministre de la Défense et au chef d’Etat-major israéliens.

BIBLIOGRAPHIE 

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حرب العصابات  حالة حزب الله اللبناني

  إن لفظة حرب «عصابات» تعني حرباً صغيرة، وبحسب القوّات الجوية الأميركية حرب العصابات تكون مؤلفة من مجموعة جنود غير نظاميين، منظّمين بطريقة عسكرية، وهدفهم القيام بعمليات عسكرية أو شبه عسكرية على أرض، إما محتلّة من قبل العدو أو معادية، أو حيث ممنوع عليهم الدخول المشروع إليها. وبحسب الكاتب ، فإن الحرب التي قادها حزب الله اللبناني ضد الجيش الإسرائيلي تتطابق تماماً مع حرب العصابات.  ويشدّد على أن أسس نجاح حرب العصابات، خصوصًا في لبنان، تقوم على حافز لدى حزب الله والذي يشجّعه أمينه العام السيّد حسن نصر الله، بالإضافة إلى الدعم الضخم الذي يلقاه من الشعب، والأسلحة المستخدمة، وطبيعة الأرض، وأخيراً هيكلية قيادته ووحدتها وعملها العسكري والاستراتيجي على الأرض، والضعف المتكرّر للجيش الإسرائيلي وقيادته. غير أن السؤال الذي يطرح نفسه هو التالي: هل باستطاعة حزب الله إقناع كل اللبنانيين، بكل فئاتهم المتداخلة بأحقيّة قضيّته؟

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