L’AMX-13, une grande famille

Armées - Armements - Défense - Sécurité

Conçue à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mise en service progressivement dans les années 1950, toujours fabriquée de nos jours et servant dans de nombreuses armées de par le monde, c’est l’extraordinaire destin de la famille des engins blindés AMX-13.

Car c’est bien de famille dont il faut parler devant le nombre de versions réalisées à partir d’un châssis commun : chars-tourelle, véhicules transports de troupes, automoteurs d’artillerie, véhicules spéciaux pour le génie, le dépannage, le commandement, etc. … Aucun autre type d’engin n’a fait preuve dans l’histoire de l’arme blindée d’une longévité aussi grande. Certes, des engins comme le Sherman américain ou le T-34 soviétique, qui datent des années 1940, sont toujours en service dans certaines armées. Mais ni l’un, ni l’autre ne sont plus fabriqués depuis longtemps.

 

Or, Creusot-Loire, maître d’œuvre de l’ensemble depuis 1973, produit toujours en 1979 plusieurs versions, comme l’AMX-13 tourelle, armé d’un canon de 105 mm ou l’obusier automouvant AMX-13 de 155 mm. Toutes ces versions utilisent un châssis mis au point voici environ 30 ans ! Bien entendu, depuis 1950, la famille a évolué et si le char AMX-13, armé d’un canon de 105, livré en 1979, garde la silhouette des premiers matériels, il n’en est pas moins très différent, ne serait-ce que par son train de roulement, son moteur, ses systèmes de visée.

Mais si ces 30 ans de production continue sont déjà un record absolu, les AMX-13 livrés actuellement remporteront sans aucun doute le record de longévité opérationnelle. La vie d’un blindé étant approximativement de quinze, voire de vingt ans, on peut penser qu’en l’an 2000, plusieurs milliers d’AMX-13 de tous types seront toujours utilisés dans le monde. 50 ans de service ! Le char Renault FT 17 lui-même ne fut utilisé que pendant 25 ans !

 

La naissance de l’AMX-13

 

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les services de l’armement essayèrent de définir les chars du futur à partir de l’expérience acquise pendant cinq années de conflit et de l’évolution prévisible des techniques.

L’accent fut mis sur la mobilité, le char lourd, voire même très lourd, donc lent, étant menacé principalement par la charge creuse.

On s’orienta donc vers la formule : armement – mobilité – protection, ce qui entraîna deux études : un char moyen et son complément, un char léger, pouvant faire du jalonnement au profit du char moyen, qui devait être le fer de lance de l’arme blindée française. Pour mieux définir le rôle de ce char sans employer la terminologie militaire, le char léger, armé d’un canon, possédant de bonnes qualités antichars, devait être capable d’aller « banderiller » les chars adverses, de désorganiser leurs formations et d’indiquer aux unités plus puissantes leurs axes d’actions. Une fois les blindés ennemis mis à mal, la contre-offensive des chars moyens devait les mettre définitivement hors-jeu.

Outre cette mission, le char léger devait pouvoir être transporté par avion, ce qui limitait forcément son poids à 12 tonnes maximum. Pour sa protection, ce véritable « chasseur de chars » compterait sur les replis du terrain et sur les obstacles derrières lesquels il pourrait s’abriter, tirer rapidement quelques obus, puis se dérober avant que la réaction adverse ne le détruise.

Son blindage devait donc arrêter uniquement les balles de petit calibre qui l’atteindraient.

En 1949, deux prototypes de chars légers étaient présentés, dont celui du futur AMX-13, qui fut retenu. Celui-ci était armé d’un canon de 75 mm, Vo 1000 ms, dont la puissance était égale au 75 du char allemand Panther qui pesait 45 tonnes. Ainsi, les ingénieurs français étaient parvenus à monter sur un engin de 15 tonnes en ordre de combat un canon qui, quelques années auparavant, nécessitait un tonnage au moins double !

Parallèlement au char-tourelle, on étudia des versions de char DCA ou de canon automoteur : c’était le premier pas vers une famille d’engins sur châssis chenillés qui allait devenir célèbre.

 

Le char AMX-13

 

Après une série d’essais, menés très rapidement, pendant lesquels le projet de rendre le char aérotransportable fut abandonné, à la suite de l’arrêt du programme de l’avion destiné à son transport, l’AMX-13 était fabriqué en série.

Dès 1950, 150 chars de présérie sont mis en production et font l’objet d’une expérimentation complète en France et en Afrique du Nord. Ces engins sont armés de la tourelle oscillante FL-10, d’une conception technique très originale. Sur une tourelle classique, le canon, fixé à l’intérieur, possède son propre débattement vertical. Dans la tourelle oscillante, il est au contraire solidaire de la partie supérieure de la tourelle et son débattement vertical est assuré par le jeu des tourillons fixés sur la partie inférieure. Cette solution permet de réduire le poids de la tourelle en supprimant l’affût et sa hauteur, avec un canon dont le défilement de tir est pratiquement égal au défilement d’observation.

 

La réussite internationale

 

Le succès de l’AMX-13 fut considérable et de nombreux pays s’intéressèrent à ce char léger dont l’armement était aussi puissant que celui d’un char plus lourd. Quelque 10 pays l’adoptèrent alors, soit dans la version char-tourelle, soit dans des versions aussi différentes que le VTT, l’automoteur d’artillerie, etc. … Pensé comme un chasseur de chars, l’AMX-13 fut bientôt considéré comme capable d’appuyer les troupes mécanisées et destiné à combattre en nombre.

Au cours des années 1950, les américains s’intéressèrent vivement à l’AMX-13 et un moment, il fut même question que ceux-ci adoptent le char français. Pour des raisons dues en partie aux normes américaines, ce projet n’eut pas de suite.

En 1955, l’armée israélienne passait une commande de 70 AMX-13, spécialement modifiés. Ces modifications portaient principalement sur la tourelle, qui fut surélevée de 0.20 m, supprimant ainsi l’interdiction de tir vers l’arrière quand la trappe du conducteur est ouverte. D’autre part, une écoutille plate remplaça celle de forme bombée qui surmonte le tourelleau du chef de char. En 1956, 120 AMX-13 directement prélevés sur les stocks de l’armée française furent livrés à Israël en compagnie de 18 AMX-13 automoteurs-casemate de 105 mm.

Les AMX-13 furent utilisés pendant de longues années par l’armée israélienne qui commença à les revendre après la guerre des Six Jours, pour nombre d’entre eux à Singapour. A cette époque, le canon de 75/Vo 1000 ms, du char de 13 tonnes ne répondait plus aux conditions particulières de la guerre dans le désert.

 

L’évolution

 

En 1953, l’apparition d’un obus de 105 mm à charge creuse, l’obus « G », amena les français à monter un canon de 105 mm sur l’AMX-13 en lieu et place du canon de 75 mm.

Après de nombreux essais, l’armée française délaissa cette version, qui fut cependant commandée par les Pays-Bas et par plusieurs autres pays.

L’AMX-13, avec canon de 105 mm en tourelle, est toujours fabriqué pour l’exportation et connaît, 26 ans après l’apparition du prototype, un succès commercial que de récentes ventes à l’étranger viennent de confirmer.

A partir de 1967, les AMX-13 de l’armée française furent revalorisés par l’adoption d’un canon de 90 mm, Vo 950 ms, obtenu par réalésage du 75 mm d’origine, muni d’un manchon anti-arcure destiné à éviter les déformations du tube lors du tir. En plus du nouveau canon, les chars 13 tonnes français furent équipés d’une conduite de tir infrarouge.

A partir de 1960, un certain nombre d’AMX-13 furent équipés en lance-missiles antichars SS-11. Ces missiles étaient disposés par paire de chaque côté de la tourelle. Cette version, redoutable chasseur de chars, est toujours en service à raison d’un peloton d’AMX-13 par escadron.

 

Les automoteurs d’artillerie

 

Peu de temps après les premiers prototypes de l’AMX-13, apparut une version artillerie avec un canon de 105 mm en casemate. Livré à partir de 1955, l’automoteur de 105 mm équipe de nombreux régiments et forme actuellement l’essentiel des moyens d’artillerie à la disposition des unités blindées de l’armée française.

Par la suite, un automoteur de 105 mm avec tourelle fut présenté, mais sa fabrication en série ne fut pas entreprise.

A côté de cet automoteur, existe une version armée d’un obusier de 155 mm. Ce matériel se caractérise par l’absence de protection pour le personnel et pour la pièce, l’obusier étant simplement fixé à demeure sur le châssis. Cette solution permet d’accroître la mobilité de cette pièce lourde et a été retenue par plusieurs pays.

Dès le lancement du programme AMX-13, un automoteur de DCA fut envisagé. Après plusieurs prototypes, dont certains furent équipés d’un affût quadruple de canons de 20 mm ou d’un canon de 40 mm Bofors, le choix de l’armée française se porta sur le bitube de 30 mm dont le tir est dirigé par un radar. Cet engin, qui resta longtemps le seul matériel européen existant dans sa catégorie, est en service dans les régiments d’artillerie antiaérienne des divisions blindées.

 

Les véhicules de transport de troupes et les dérivés

 

Dès les origines de la famille AMX-13, une version cargo utilisant le châssis du char léger fut envisagée. Après la réalisation d’une présérie, cette version fut abandonnée au profit du véhicule transport de troupes capable d’emporter 13 hommes entièrement protégés par un blindage intégral. Chaque VTT est armé d’une mitrailleuse, ou d’un canon de 20 mm pour les dernières versions. A partir de ce VTT, de nombreuses variantes ont vu le jour. Les plus importantes d’entre elles sont : l’AMX-13 PC, équipé de tous les moyens radios nécessaires au commandement ; l’AMX-13 RATAC, pour la surveillance des champs de bataille. Ce véhicule, équipé d’un radar, est en service dans l’artillerie et peut détecter des objectifs terrestres que les batteries peuvent alors prendre à partie très rapidement. Toujours pour l’artillerie, l’AMX-13 d’accompagnement de l’obusier de 155 mm automouvant a été proposé à l’armée française, mais celle-ci lui a préféré un camion. Cette version est cependant vendue à l’étranger.

Pour assurer le transport rapide des blessés sur le champ de bataille, l’AMX-13 a aussi été modifié en véhicule sanitaire. De son côté, l’armée de l’air s’est équipée de quelques VTT AMX-13 porteurs d’un radar. Ce matériel, destiné à agir en collaboration avec les unités du corps de bataille, peut ainsi désigner leurs objectifs aux escadrilles des forces aériennes tactiques (FATAC).

Malgré le peu de succès qu’ils rencontrèrent auprès de l’armée française, les porte-mortiers ne sont pas absents de la famille AMX-13. Deux versions sont proposées à l’exportation, les porte-mortiers de 81 et de 120 mm. Ces engins représentent une puissance de feu considérable qui peut efficacement appuyer des unités mécanisées et prendre à partie des objectifs très défilés.

Pour assurer le dépannage des engins blindés, une version dépannage de l’AMX-13 a été mise en service dans l’armée française, ainsi que dans six armées étrangères.

 

Les AMX-13 du génie

 

Pour satisfaire aux conditions particulières de son intervention sur le champ de bataille, le génie a adopté plusieurs versions de l’AMX-13, dont le véhicule de combat du génie (VCG). Ce véhicule, équipé d’une grue puissante, et d’un treuil, possède aussi une lame-dozer et une mitrailleuse de 12.7 mm assurant sa protection.

L’AMX-13 poseur de pont est certainement l’engin le plus spectaculaire que possède le génie. Ce matériel, en service depuis 1960, est capable de porter et de déposer un pont de 12 mètres de long. C’est un engin blindé dont le pont pliant est porté sur camion en temps normal, mais qui est capable de suivre les chars « dans la foulée » et de leur permettre le franchissement rapide d’une rivière ou d’une concavité sèche. C’est aussi la version la plus lourde de la famille AMX-13, avec un poids total de 20 tonnes environ, ce qui constitue un exemple convaincant de la solidité d’un châssis conçu à l’origine pour en supporter treize !

 

Ce rapide tour d’horizon de l’ensemble des applications de l’AMX-13 ne nous permet pas d’entrer dans les détails, ni de décrire certains prototypes, comme l’AMX-13 enfouisseur de mines. Mais nous avons tenu à vous donner une information succincte sur cette réussite sans précédent d’un matériel blindé.

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